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Prédateur en France : un statut à haut risque !

Faune


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Quelles perspectives envisager ?

La protection cela se finance

Les outils juridiques peuvent également servir de base ou de justification à la mise en place de moyens financiers plus performants. L’ensemble des pays concernés par la présence de grands prédateurs, qu’il faut protéger sur leur territoire, sont d’accord sur l’absolue nécessité de procéder aux dédommagements des dégâts qui en résultent.

2.1. L’exemple de LIFE Nature

Le programme LIFE Nature, reconduit en 1999, permet le financement d’une partie de ces dédommagements. L’Etat français y participe à hauteur de 60 % (55% du ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement, 5% du ministère de l’agriculture et de la pêche) tandis que le reste du financement est assuré par l’Union Européenne. Notons que la participation de l’Etat français dans le nouveau proprogramme LIFE a augmenté de 10% par rapport à 1996.

Prédateur en France : un statut à haut risque !


Quelles perspectives envisager ?


La protection cela se finance

Les outils juridiques peuvent également servir de base ou de justification à la mise en place de moyens financiers plus performants. L’ensemble des pays concernés par la présence de grands prédateurs, qu’il faut protéger sur leur territoire, sont d’accord sur l’absolue nécessité de procéder aux dédommagements des dégâts qui en résultent.

2.1. L’exemple de LIFE Nature

Le programme LIFE Nature, reconduit en 1999, permet le financement d’une partie de ces dédommagements. L’Etat français y participe à hauteur de 60 % (55% du ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement, 5% du ministère de l’agriculture et de la pêche) tandis que le reste du financement est assuré par l’Union Européenne. Notons que la participation de l’Etat français dans le nouveau programme LIFE a augmenté de 10% par rapport à 1996.

Programme européen LIFE NATURE

Attribué en 1997 pour trois ans par la Commission Européenne, ce programme a pour double objectif de :
- Rechercher les méthodes et les solutions de nature à permettre l’acceptation sociale et la conservation de la population de loups installée dans les Alpes-Maritimes.
- Accompagner l’expansion de l’espèce dans l’ensemble du massif alpin.

Pour cela, un groupe de suivi scientifique (Antenne LIFE) a été mis en place. Celui-ci est constitué d’un vétérinaire, d’un biologiste, d’un technicien pastoral (conseil en matière de moyens de protection) et d’une animatrice chiens de protection (conseil en dressage et suivi). D’autre part, une enveloppe budgétaire est mise à disposition afin de financer les différents aspects du programme, à savoir :
- l’amélioration de la connaissance du loup.
- l’indemnisation et les mesures d’accompagnement à l’élevage [dont frais de personnel].
- la réintroduction d’ongulés* sauvages.
- la communication.
- le fonctionnement et la gestion du projet.

Les moyens de protection restent un aspect essentiel du programme. On y répertorie les chiens de protection, les filets et parcs mobiles, les parcs en dur, les dispositifs d’effarouchement et l’aide pastorale. LIFE Nature a été reconduit et élargi en 1999 pour trois ans. Des enseignements ont été tirés de cette première expérience, ainsi, le nouveau programme met en place "les diagnostics pastoraux". Ceux-ci, élaborés par type d’alpage, constituent une base d’évaluation des moyens de protection à mettre en place, ainsi que de leurs coûts et pertinence.
Rapport de mission interministérielle sur la cohabitation entre l’élevage et le loup , Pierre BRACQUE http://www.environnement.gouv.fr
L’Infoloups n°6, bulletin d’information du programme LIFE Loup
http://www.environnement.gouv.fr/provence-alpes-ca

Malgré un financement de 8 MF en 1996 et de 18,6MF en 1999, le programme LIFE s’avère ne pas être suffisant et l’on reconnaît que ses moyens sont limités. L’enveloppe globale prévue dans le cadre du premier programme LIFE était déjà épuisée en mai 1998, alors que celle-ci était prévue pour durer jusqu’en 1999. Le relais fut donc pris par le ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement.
Or, le dédommagement direct des bêtes une fois tuées coûte cher. C’est pourquoi il est important de mettre en place des instruments de prévention afin de limiter à la source l’impact des superprédateurs.Le programme LIFE cherche à développer cet aspect en finançant la mise en place de divers outils préventifs et en s’appuyant sur des solutions biologiques comme le renforcement de populations d’ongulés sauvages.

Condition pour être dédommagé de la perte d’un animal : rechercher et trouver la carcasse - Source LIFE Nature

Des sites de nourrissage pourraient également jouer en faveur d’une réduction de la prédation sur le bétail mais cette solution reste peu satisfaisante. En effet, on risquerait alors d’assister à une dépendance de la part des prédateurs concernés. Outre le fait que cela soit en contradiction évidente avec la volonté de préserver une nature sauvage, cela pourrait également constituer un danger potentiel pour l’homme dans la mesure où, habitué aux odeurs humaines, le prédateur n’aurait plus alors la réaction salutaire et naturelle de fuite en cas de rencontres avec l’homme.

2.2 Un manque d’investissement

Dans la mesure où la protection du loup, de l’ours et du lynx font partie des objectifs de l’Etat, il est important que l’ensemble de sa politique y contribue. Il faut tout d’abord remarquer l’avancée faite depuis la réapparition du loup sur le territoire français. En effet, la gestion financière, technique, scientifique et sociale de la présence du prédateur n’est plus du seul ressort des Parcs Nationaux. De nombreuses administrations sont aujourd’hui concernées, qu’il s’agisse de la DDAF, de l’ONF ou de l’ONC.
Cependant, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, bien que directement concerné par le débat, ne s’implique financièrement qu’à raison de 5% dans le Programme LIFE Loup et aucunement dans les dédommagements des brebis tuées par l’ours et le lynx qui sont entièrement pris en charge par le ministère de l’environnement.

Il s’agit pourtant de participer au maintien et au renouveau de la profession pastorale dans les montagnes françaises.
De même, si l’Europe s’investit énormément en faveur du maintien du loup dans les Alpes françaises, elle semble absente des mesures financières visant la protection d’autres espèces figurant dans la Directive Habitat* comme l’ours du moins en ce qui concerne le dédommagement des dégâts effectifs. Elle offre en revanche des fonds pour financer la mise en place de mesures de compensation et de protection qui transitent par l’IPHB.
La nouvelle PAC pourrait également participer au maintien conjugué du pastoralisme et des grands prédateurs. A travers son objectif de développement durable et de protection de l’environnement, elle s’inscrit dans une politique européenne globale et dans une nécessité de modernisation de l’élevage.

Sur cette photo un troupeau de chèvres livré à lui-même, la forte pente et l'absence d'accessibilité rendant impossible une éventuelle surveillance par un berger. Recherchez le troupeau avec la souris et cliquez dessus pour le voir en gros plan) - Photo P. FARCY

Des outils tels que les mesures agri-environnementales, valables jusqu’à l’année dernière, ont permis de financer en partie le soutien au gardiennage ou encore la mise en place de chiens de protection. Il est prévu que la continuité de ces mesures soit assurée par la mise en place des CTE. Mais on ne dénombre malheureusement aucun CTE spécifique à l’ours par exemple, alors que d’autres espèces protégées en bénéficient.
Dans la mesure où il s’agit de concevoir des outils financiers durables, la prévention constitue un axe de réflexion et d’action prioritaire. En effet, celle-ci semble être actuellement le seul moyen d’arriver, à terme, à une réduction des dépenses liées à la préservation des grands prédateurs.

2.3. Forcer la prévention

Malgré une aide financière, beaucoup d’éleveurs refusent encore de s’équiper. Pour eux, accepter le programme LIFE nature, c’est dire “oui au loup”, néanmoins, cela ne les empêchent pas de toucher les dédommagements en cas d’attaques sur leurs troupeaux...
Pourtant, une étude statistique de l’ONC a montré l’efficacité des mesures de prévention, en particulier en ce qui concerne le gardiennage de nuit. Quand on sait que des attaques auraient pu être évité, on se demande pourquoi l’Etat et l’Europe continuent de supporter des frais de réparation conséquents au lieu de forcer les éleveurs à se prémunir. Certains pays ont d’ailleurs adopté ce principe. Seuls les éleveurs qui acceptent de s’équiper reçoivent une aide financière, matérielle et technique. Cette atittude permet, en outre, de valoriser les éleveurs qui s’équipent déjà et qui ressentent parfois une frustration du fait qu’ils ne sont pas plus aidés que ceux qui refusent obstinément d’évoluer.

2.4. Manque de volontarisme de l’Etat

Si l’Etat fait preuve d’une absence de volonté d’imposer la généralisation des moyens de prévention en zone à loup, parallèlement il manque également d’entrain quant à la rapidité des indemnisations en cas d’attaque.
En outre, si le remboursement à la bête tuée est souvent lent, ce qui ne fait qu’alimenter le ressentiment des éleveurs vis-à-vis du loup, les montants d’indemnisation manquent d’harmonisation : comment expliquer le fait qu’un dégât causé par un lynx soit plus fortement dédommagé que le même dégât provoqué par un loup ?
Si le stress des troupeaux (avortements...) est pris en compte lors des attaques, avec le versement d’une prime liée à l’importance du troupeau, le fait de mettre tous les éleveurs sur un même pied d’égalité n’est pas chose facile à vivre pour ceux qui font leur travail sérieusement.

En effet, que dire du désarroi de l’éleveur qui soigne ses bêtes, effectue un véritable travail de sélection, guide son troupeau dans les alpages ..., et est indemnisé de la même manière que celui qui a un troupeau dans un état sanitaire déplorable, laisse ses éventuels chiens de protection à l’attache à des kilomètres du troupeau et ne va visiter celui-ci qu’épisodiquement.
La différence de valeur des animaux élevés dans ces cas extrêmes, mais pas rare, est importante, or pour l’Etat c’est le même tarif d’indemnisation.

2.5. La participation active des associations

Les associations prennent alors le relais. A titre d’exemple, l’été 1999, la Mission Loup de FNE a ainsi engagé un aide-berger professionnel qui a été mis à la disposition d’un groupement pastoral des Hautes-Alpes. Le renforcement de la surveillance a permis de passer sur le même territoire de 35 brebis victimes du loup à aucune.
De plus, la présence de cet aide-berger a permis un soutien moral non négligeable et un allégement des charges et de la pénibilité des conditions de travail. En effet, la garde permanente des troupeaux nécessitée par le risque de prédation entraîne une grande fatigue nerveuse et a une incidence sur la vie familiale et donc sur le moral du berger. De son côté, le GLF a également offert à des éleveurs l’aide de plusieurs écovolontaires. De même, l’association Artus a fourni aux éleveurs pyrénéens des chiens de protection. Le FIEP fut à l’initiative d’une prime dite de dérangement qui vient compléter l’indemnisation officielle, en cas d’attaque imputable à l’ours, et d’un certain nombre de mesures compensatoires comme l’héliportage gratuit, aujourd’hui pris en charge par l’Etat et l’IPHB. Actuellement, le FIEP finance les frais de services radiotéléphoniques offerts aux éleveurs en zone à ours isolée.
Pierre Bracque, dans son rapport de mission interministérielle sur la cohabitation entre l’élevage et le loup, propose la création d’une fondation dans laquelle les associations de protection de la nature financeraient la promotion de la coexistence du loup et des éleveurs ovins.

2.6. L’assurance “faune sauvage”

L’établissement d’une assurance “faune sauvage” pourrait également être envisagée. Celle-ci, au même titre qu’une assurance garantissant des catastrophes naturelles telles que la grêle, permettrait aux éleveurs soumis à cette contrainte d’en être financièrement mis à l’abri. Pierre Bracque propose que l’Etat prenne alors en charge une partie du coût de la prime d’assurance. Cette assurance pourrait également participer à la mise en place de mesures de protection. En effet, les remboursements pourraient être soumis au respect d’un cahier des charges relatif à l’installation de moyens de prévention et s’appuyant sur des diagnostics pastoraux garantissant la pertinence de son contenu.
Ce système d’assurance “faune sauvage” permettrait d’oeuvrer dans le sens de la prévention et donc de l’acceptabilité relative à long terme des grands prédateurs chez les professionnels de l’élevage. De plus, l’aspect financier des grands prédateurs pris en charge par ces assurances, le programme LIFE pourrait alors se consacrer de façon plus importante à des objectifs scientifiques et pédagogiques.

2.7. La participation de la population

La possibilité que l’ensemble de la communauté participe aux frais engagés doit être soulevée, ne serait-ce que par principe. En effet, l’installation définitive des grands prédateurs sur le territoire français est désirée le plus souvent par des personnes qui ne supporteront pas directement les conséquences de celle-ci, comme les citadins.
Si cette volonté est réelle et partagée de façon suffisamment importante pour être représentative de la population française, alors l’ensemble de celle-ci doit en supporter les inconvénients comme en retirer les bénéfices.


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Article écrit par Pascal (voir la biographie)
le 07 février 2013 à 05:41
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