Le paradoxe des barrages

Le réchauffement climatique et l’épuisement des énergies fossiles rendent l’exploitation des ressources renouvelables de plus en plus attrayante. Néanmoins cette quête pour une énergie propre, c’est-à-dire ayant un impact minimum sur l’environnement, amène parfois à des aberrances. Le Mékong, long de plus de 4 300 km et traversant six pays, a un énorme potentiel comme sources de revenus et d’énergie pour la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est. Ainsi, constatant la gourmandise énergétique des centres urbains du Vietnam et de la Thaïlande, le Cambodge et le Laos voient en le Mékong une possibilité lucrative de production d’énergie. Invoquant les dommages irréversibles causés par les barrages, la Commission du Mékong (MRC) demande en 2010 un moratoire de 10 ans sur leur construction. Le Laos a néanmoins lancé la construction du barrage géant Xayaburi. Sa construction sera finie dans les prochains mois. Ayant mis à mal la mission et l’autorité du MRC, il y a aujourd’hui plus de 11 projets de barrages sur la partie Sud du fleuve, sans compter les 21 barrages chinois en construction ou planifié (la Chine ne siégeant pas au MRC). De tels projets mettent en danger la subsistance des 60 millions d’individus dépendant du Mékong, le fleuve le plus nourricier au monde. Une reconversion est souvent obligatoire pour les riverains du Mékong, les plongeant dans des activités économiques dont ils ne connaissent pas les règles. De plus alors que les autorités prônent la compensation du manque à pêcher avec la riziculture ou l’aquaculture, des exemples précédents ont prouvé l’impossibilité de ces alternatives. En effet, sur d’autres fleuves, les barrages ont réduit de 30 à 90% la pêche, rendant l’aquaculture difficile. Faute de poissons sauvages pour nourrir leur production, les aquaculteurs devraient recourir à la nourriture industrielle. Une solution non viable pour la majorité d’entre eux. De plus les barrages affectent le bassin entier, et ont aussi des répercussions sur le delta où l’eau salée progresse, nuisant aux terres agricoles et aux poissons. Il est indéniable que l’électricité est une nécessité : seulement un tiers des Cambodgiens et deux tiers des Laotiens ont accès à l’électricité. De plus, selon les prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie, la demande énergétique va augmenter de 80% dans les vingt prochaines années. Un désir de contrôler cette manne hydraulique, source d’énergie renouvelable, est compréhensible, cependant la construction de barrages apparaît comme un leurre. Alors que le Cambodge et le Laos produiront plus d’énergie qu’ils n’en nécessitent, cela ne bénéficiera pas à ceux qui n’y ont pas accès. En effet, 90% de l’énergie sera vendue à la Thaïlande et au Vietnam, pendant que les bénéfices iront en majorité aux promoteurs des barrages.
Article écrit par Marine (voir la biographie)
le 20 septembre 2015 à 04:44
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  • 7 Réponses à "Le paradoxe des barrages"

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      guy 23 septembre 2015 (13 h 30 min)

      nuisant aux terres agricoles et aux poissons… <=== des milliers d'hectares de terres fertiles stérilisées, des tonnes de poissons anéanties : c'est le domaine des pauvres qui est détruit.

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      Fabien FERT 23 septembre 2015 (16 h 34 min)

      Alors que le Vietnam et le Laos produiront plus d’énergie qu’ils n’en nécessitent, cela ne bénéficiera pas à ceux qui n’y ont pas accès. En effet, 90% de l’énergie sera vendue à la Thaïlande et au Vietnam ??? plutôt au cambodge ? si le vietnam est en surplus de production électrique… il revendra à qui ?

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      cassoret 27 septembre 2015 (11 h 09 min)

      il n’y a pas d’énergie sans impact environnemental. l’énergie qui connait lz plus forte progression actuellement est le charbon, c’est aussi la plus meurtrière (des centaines de Chernobyl chaque année). l’éolien ne peut pas tout faire, le nucléaire est la moins mauvaise solution : c’est l’énergie qui crée le moins de pollution, de morts et de modifications environnementales

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      Sandro 27 septembre 2015 (16 h 11 min)

      Crevez ,les pauvres …..le monde n’est fait que pour les riches !

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      Motocine 28 septembre 2015 (9 h 47 min)

      +1

      Les barrages sur les fleuves réduisent considérablement les alluvions déposées par le fleuve en aval . Lorsqu’on pousse le raisonnement, c’est également un déficit de matériaux rejetés en mer qui abouti à un recul du littoral comme c’est le cas en méditerranée sur le Rhône et le Nil ! …

      Il faut également avoir en tête le risque d’effacement qui peut conduire pour des milliers de personnes à évacuer en urgence.

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      raymond 12 octobre 2015 (15 h 55 min)

      On peu faire de l’hydraulique sans barrage c’est l’hydraulique au fil de l’eau.

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