Eau potable : ne pas oublier les médicaments

S'il est un domaine où la France à tendance à faire la course dans le peloton de tête, c'est bien la consommation de médicaments. Ainsi, en 2012, quelque 175500 tonnes de médicaments ont été vendues en France, dont environ 5500 dédiées aux animaux d'élevages. Ce tonnage de chimie pharmaceutique qui fait de la France la première consommatrice de médicaments en Europe, est également à l'origine d'une contamination de la ressource en eau potable. En effet, plus de la moitié des 48 boîtes de médicaments, que chaque Français ingurgite en moyenne chaque année, n'est pas retenue par nos organismes et se retrouve au final dans les eaux de surface, via des stations d'épuration non conçues pour les traiter. Dans ces conditions, rien d'étonnant que les rares études existantes relèvent trois grandes familles de molécules dans les eaux de surface : les œstroprogestatifs (pilules contraceptives), les tranquillisants (les Français sont les premiers consommateurs d'antidépresseurs au monde) et les anticancéreux. Or, bien que connue et de plus en plus souvent dénoncée, cette contamination n'est quasiment pas étudiée et, encore moins, combattue. Il y a pourtant urgence. Ces médicaments sont actifs à très faible dose et certains peuvent s'accumuler dans l'environnement (la biodégradabilité médicamenteuse oscille entre 10 et 90%). Mais, outre leur potentielle nocivité, le cocktail de leur dissémination dans le milieu naturel inquiète. Plusieurs études soulignent ainsi d'ores et déjà la féminisation d'espèces animales. Quant à l'homme, officiellement l'année dernière un rapport dédié de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a estimé le risque négligeable, tout en reconnaissant un manque de données sur l'exposition et l'évaluation de la toxicité ad hoc (seules deux molécules d'origine médicamenteuses ont été analysées, alors que l'on en trouve plus de 160 dans l'eau). Néanmoins, dans les pays occidentaux, on relève habituellement trois grands risques : une féminisation des caractères sexuels, une résistance aux antibiotiques et un dérèglement du système endocrinien. Face à cette situation, plusieurs causes expliquent l'absence de réaction étatique et de non prise en compte dans les critères de potabilité de l'eau. Aujourd'hui, les critères sont obsolètes et il en va de même des méthodes d'analyses et de l'interprétation qui en est éventuellement faite. Si le risque est considéré comme négligeable, car lorsqu'on ne cherche pas on ne peut pas trouver, la non prise en compte de la toxicité à de très faibles doses, le caractère redondant de l'exposition et l'effet cocktail des multiples substances présentes font qu'il est impossible de définir des critères de potabilité exhaustifs et encore moins de les évaluer. Il en va d'ailleurs de même pour les pesticides. Bref, comme dans de nombreux domaines, nous sommes rattrapés par nos pratiques industrielles et notre laxisme, dépassés par les milliers de substances que nous créons…
Article écrit par Pascal (voir la biographie)
le 13 août 2014 à 09:23
3131 articles publiés sur Univers-Nature, depuis 1999
Les derniers articles de l'auteur :
  • Isolant : quand le carton détrône le papier …
  • Les chemins ruraux sauvés par les sénateurs
  • Energie solaire : la révolution Rawlemon
  • 7 Réponses à "Eau potable : ne pas oublier les médicaments"

    • comment-avatar
      maumau 17 août 2014 (11 h 11 min)

      admettons que «nous soyons dépassés par nos pratiques industrielles et notre laxisme» reste que nos sociétés, actuelles, se sont dotés d’instances, les États, dont c’est la finalité même de veiller à l’intérêt général…ce dont non seulement ils ne s’acquittent pas, c’est le moins que l’on puisse dire devant l’état catastrophique du monde mais encore ils poussent à la roue, comme on le voit bien pour le nucléaire: nous sommes gouvernés par des malades mentaux…

    • comment-avatar
      Causette 17 août 2014 (16 h 37 min)

      @ Maumau

      Malades mentaux est un euphémisme !! Ils sont tous plus incapables les uns que les autres attendant que l’Europe et les lobbies leur disent quoi faire… Voire les USA et là ils « agissent ». L’essentiel pour eux étant de remplir leurs comptes bancaires, nous laissant dans une galère pas possible… Ras-le-bol d’être pris (et surtout laissés) pour des C… !!

    • comment-avatar
      raymond 20 août 2014 (17 h 46 min)

      Et pourtant,il n’y a pas une journee ou nos teles de merde ne font pas l’apologie d’un nouveau medicament,ensuite on dit aux gens qu’ils sont champions de consommation alors qu’on les encourage a consommer,l’etat et ses sbires journaleux ,presse ecrite et parlee sont graisses par les labos pharmaceutiques

    • comment-avatar
      Claude13 21 août 2014 (10 h 53 min)

      Je déplore juste a cet article de ne pas avancer une ombre de solution. 🙁
      Malades mentaux est un (ou des) euphémisme !! nous sommes gouvernés par des malades mentaux…
      Rare sont les les mesures prisent par nos gouvernent dont la finalité veille à l’intérêt général… Bien souvent les mesures profitables à tous sont venu de la bas, de nous, les lambda.
      Et si c’était l’occasion pour que nous proposions ensemble un comportement vertueux comme mesure, ou règle de vie?. En rapportant déjà tout nos médicaments non utilisés à la pharmacie. Les labo devraient avoir à charge leur traitement dépolluant.
      Harceler nos maires sans relâche. Pour que des recherches dans l’eau soient effectué.
      Les laboratoires sont ils étranger à cette « pollution »?
      A suivre…

    • comment-avatar
      marie 24 août 2014 (9 h 54 min)

      On encourage les gens à consommer dans tous les domaines, y compris celui des médocs (le plus rentable), mais le Français ne veut pas non plus sortir de chez le médecin sans sa prescription de médocs…
      Si ceux-ci (tout comme la consultation) n’étaient pas systématiquement remboursés (par la collectivité), alors qu’ils sont toxiques pour celui qui les prend comme pour l’environnement (donc pour nous tous), cela changerait très rapidement les habitudes de consommation des Français, en matière de médocs comme d’hygiène de vie en général ; ils seraient amenés à prévenir le symptôme plutôt qu’à le masquer avec un médoc.

    • comment-avatar
      Marc SIMIAN ou Marc06 28 août 2014 (11 h 47 min)

      Le sujet commence a peine a être connu .Devant ce défi nos grosses usines de traitement de l’eau ne sont pas en mesure d’y remédier d’autant que ce n’est pas dans leur cahier des charges. La aussi il faut se prendre en main individuellement et j’ai installé chez moi un système de purification de l’eau pour toute la maison qui non seulement élimine les médicaments mais aussi les métaux lourds tout en gardant les minéraux indispensables pour notre vie! Pour plus d’infos me contacter par mail: marc.simian@free.fr

    • comment-avatar
      Jean-Claude KUEHN 8 septembre 2014 (15 h 19 min)

      En réponse à Claude13 et toutes les personnes inquiètes pour leur santé (et celle de leur entourage) et vu la carence, ou plutôt le détournement des yeux face à ce drame de la part nos instances publiques (étatiques autant que communales), comme le fait justement remarquer Marc Simian, il ne reste que la solution de se prendre en charge soi-même.
      Je confirme qu’il existe des solution de filtration qui vous assurent avec grande efficacité une eau non seulement pure, mais vivante à votre domicile.
      Pour plus d’informations, n’hésitez pas à me contacter.
      Jean-Claude KUEHN, aqualiste
      06 19 32 38 76
      jckuehn@club-internet.fr

    Laisser un commentaire

    Votre courriel ne sera pas affiché.