Mieux quantifier les émissions de méthane des barrages

Le 13 août 2014, deux laboratoires du CNRS (1) ont publié dans la revue Biogeosciences une étude permettant de quantifier plus précisément les émissions de méthane par bullage des barrages tropicaux. Le méthane ou CH4 est un gaz à effet de serre (GES) plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2), ainsi, sur une période de cent ans, son potentiel de réchauffement est estimé à 28 fois celui du CO2. Actuellement au niveau atmosphérique, les concentrations de CO2 sont bien plus importantes que celles de CH4, environ 400 molécules par million de molécules constituant l'air, alors que la valeur est d'environ 1 800 molécules de CH4 par milliard de molécules constituant l'air.

 Jusqu’à présent c'était essentiellement le méthane par diffusion, à savoir lorsque le gaz dissous dans l'eau atteint l'atmosphère, qui était étudié, cette fois ce sont les grosses bulles de gaz ou bullage qui ont été prises en compte. Le méthane est dans ce cas produit par la décomposition par des bactéries de la matière organique des sols et de la végétation inondée lors de la mise en eau

Les chercheurs ont mis en place, sur le barrage de Nam Theun 2, une micro-station météorologique qui mesure toutes les trente minutes la vitesse verticale du vent et la concentration de méthane. Nam Theun 2 est le plus grand barrage d'Asie, le réservoir de plus de 3,5 milliards de m3 sur une superficie d'environ 450 km2 a été mis en eau à partir de 2008, il se situe au Laos et est alimenté par un affluent du Mékong.

Selon les données du rapport, le bullage a représenté « 60 à 80 % des émissions totales de la retenue d’eau dans les premières années qui ont suivi la mise en eau du barrage ». Les données montrent aussi que c'est lorsque le niveau de l'eau est au minimum, c'est à dire lors de la saison sèche (de mi-février à mi-juin) que les émissions sont maximales.

 Selon les scientifiques à l'origine de l'étude, ces résultats démontrent que les émissions de méthane par les barrages tropicaux lors de leurs premières années d'existence ont sans doute été largement sous-estimées.

 Il est à noter que la plus part des producteurs d'électricité ne prennent pas en compte les émissions de gaz à effet de serre pour la production d'origine hydraulique, seules sont réellement comptabilisées les productions d'origine fossile, gaz, pétrole et charbon. Ce qui leur permet d'afficher des bilans d'émission de GES plus avantageux.

Lors de la publication de l'étude, les chercheurs mentionnent que les émissions de méthane des barrages tropicaux représentent plus de 10 % du méthane émis par les activités humaines.

 1 – Le laboratoire d’aérologie (UPS / CNRS) et le laboratoire Géosciences environnement Toulouse (UPS / CNRS / IRD)

1 réponse à "Mieux quantifier les émissions de méthane des barrages"

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    Pierre Virlogeux 21 septembre 2014 (22 h 09 min)

    Et le barrage de Petit Saut en Guyane sur le Sinamary, la question a t elle été étudiée ?

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