Les technologies inévitables pour respecter la limitation de 2ºC

Avant même que la COP21 limite le réchauffement climatique à 1.5ºC, la majorité des stratégies visant à une limite de 2ºC incluaient des technologies à émissions négatives incontournables. Les technologies à émissions négatives permettent la diminution des gaz à effet de serre de l’atmosphère. Bien qu’il en existe plusieurs catégories, il est en général question de capturer du CO2, de le stocker et de l’enterrer, le tout en espérant un bilan climatiquement neutre. Ces technologies sont indispensables si on souhaite éviter des lois draconiennes sur le climat, et devront être installées à grande échelle dans la seconde moitié du siècle. Cependant si ces technologies sont invitées à devenir essentielles, il est important d’être conscient de leurs possibles effets. La question clef est ici de savoir si le taux de déploiement de ces technologies peut être réalisé et maintenu. Or, une étude récente prouve qu’aucune de ces technologies ne parviendra à contenir la hausse de la température en deçà de 2ºC sans avoir un impact majeur sur la planète. Elles accentueront la demande sur la terre et l’eau, en nécessitant parfois l’utilisation d’engrais ; elles auront aussi un impact sur l’albédo – ou la réflexion de la lumière solaire. Outre ces impacts, ces technologies auront un coût élevé. Ainsi, il est estimé que les cultures ‘bioénergétiques’ irriguées, par exemple des plantes capturant le méthane, doubleraient la demande d’eau pour l’agriculture. Un de ces autres effets secondaires toucherait la demande pour des terres : c’est environ 40% de surfaces supplémentaires, d’ici 2100, qui seraient pris principalement sur les pâturages et les forêts tropicales. Les autres catégories ont elles aussi de nombreuses restrictions. Celle visant à capturer le CO2 directement dans l’air, grâce à des réactions chimiques, représente pour le moment un coût et une demande énergétique qui la rend peu probable. Quant à la météorisation accrue, ou l’altération accélérée des roches qui capte le CO2 de l’atmosphère, bien que nécessitant peu d’espace et pouvant avoir des retombées bénéfiques pour les sols, ce sont ses coûts logistiques qui représentent une barrière. D’autant plus qu’ici le potentiel pour la suppression du CO2 est moindre qu’avec les autres technologies. Enfin, le reboisement, solution moins chère, peut avoir un impact important sur l’albédo, augmentant ainsi l’évapotranspiration dans les hautes latitudes ce qui limiterait son efficacité. De plus dans les régions sèches, le manque d’eau sera un problème tout comme le besoin de terre. Au final, pour l’étude, le plus urgent aujourd’hui est de prioriser les technologies renouvelables et/ou à faibles émissions tout en maximisant l’utilisation de l’énergie, avec par exemple la généralisation de l’exploitation de la chaleur produite par la décomposition des déchets. De plus, s’il est essentiel de se concentrer sur le changement climatique, trop compter sur les technologies à émissions négatives peut être dangereux pour les équilibres planétaires et l’Humanité. Ainsi, il est essentiel de ne pas compter sur elles pour pouvoir continuer à exploiter les combustibles fossiles. Néanmoins, notons que si une décarbonisation intense et rapide est toujours possible pour atteindre la limite des 2ºC, simplement à travers la réduction des émissions, cette possibilité se réduit chaque jour, rendant ces technologies inévitables.
Article écrit par Marine (voir la biographie)
le 17 janvier 2016 à 06:56
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